Quand les Gilets jaunes ramènent Pierre Méhaignerie à la réalité des travailleurs vitréens

Lors de la rencontre des Gilets Jaunes avec Pierre Méhaignerie et Anne Charlot, le maire y a ressorti ces éternelles marottes face auxquelles les Gilets jaunes ont essayé de ramener leur interlocuteur à la réalité. Marottes que nous avons déjà entendu et combattu à maintes reprises.

Quand Pierre Méhaignerie annonce une nouvelle fois : « avec le taux de chômage faible sur Vitré, le rapport de force a changé et le salarié s’il n’est pas content peut trouver un meilleur emploi dans une autre entreprise », les Gilets Jaunes rétorquent que les employeurs jouent considérablement sur le chantage à l’emploi et qu’ils entendent de manière répétée « si tu n’es pas content, tu prends ton sac et tu t’en vas ». Même pour des questions de sécurité quand ils évoquent leur droit de retrait.

Effectivement pour aller chercher un meilleur travail ailleurs, encore faudrait-il qu’il y en est mais comme Pierre Méhaignerie a misé principalement sur des secteurs à bas salaire, la logistique et l’agro-alimentaire, le rapport de force n’est pas favorable à l’employé même avec un taux de chômage faible.

Pierre Méhaignerie a cru que les heures supplémentaires seraient une mesure qui plairaient aux Gilets Jaunes. Ses interlocuteurs lui répondent que leur revendication première est de gagner plus de leur travail par le salaire et non pas de devoir travailler plus. Ils évoquent le cas d’une employée de BCM Cosmétics n’ayant pas eu d’augmentation de salaire après plus de 10 ans dans l’entreprise et qui gagne aujourd’hui moins que les intérimaires. Pierre Méhaignerie part alors dans un storytelling sur le patron de BCM complètement déplacé ! A COTE DE LA PLAQUE !

Puis revient cet éternel discours sur le travail manuel qui n’est pas assez considéré par l’Education Nationale quand on lui parle de considération par le salaire (sic), et revient aussi celui du jeune qui ne veut pas travailler parce qu’avec « 78 % de son salaire au chômage il préfère voyager » ! Redite encore sur le chômage, véritable « fléau qui plonge dans la pauvreté et donne le sentiment d’être inutile » alors qu’en face de lui se dressent des gens qui travaillent mais ne parviennent pas à se sortir durablement de la pauvreté.

Nous tenons à noter également une punchline du maire qui nous a mis presque KO : Pierre Méhaignerie annonce “Tout vient de Chine”, lui dont on ne se souvient pas d’une fois où il aurait voté contre un accord de libre échange. Il a voté pour le Traité Constitutionnel Européen en 2005 inscrivant dans le marbre la libre circulation des marchandises. A-t-il dit un mot sur le JEFTA ? A-t-il dit un mot sur le CETA, accord de libre-échange très dangereux pour nos agriculteurs mais entré en vigueur sans ratification de l’Assemblée Nationale ?

Evidemment non comme tout élu de droite libre-échangiste des décennies écoulées. A ce sujet, nous avons retrouvé cette citation dans Marianne en 2012 sur ses motivations pro-libre échange :

“N’oublions pas qu’en face, le camp capitaliste n’a pas ces pudeurs et sait très bien pourquoi il est partisan du libre-échange. Parmi un flot de citations possibles, citons celle-ci, de Pierre Méhaignerie : « Dans un monde ouvert, la France ne peut pas faire exception avec les 35 heures, la retraites à 60 ans et les régimes spéciaux qui n’existent nulle part ailleurs. A défaut, nous risquons le déclin. »”

Mais nous pourrions continuer encore longtemps ainsi. Quand les Gilets Jaunes montrent qu’ils n’ont pas trouvé satisfaisantes les mesures de Macron sur la prime d’activité et perçu l’enfumage sur la baisse des cotisations qui amènera d’autres problèmes de protection sociale, ils mentionnent la hausse du gaz de 70% et de l’électricité de 30% ces dernières années depuis la privatisation des entreprises publiques ou l’ouverture du marché de l’énergie. Qui était aux responsabilités lors de ces privatisations ? M. le Maire.

Et qui a voté pour les suppressions de postes dans la fonction publique à l’hôpital, à l’école, à la justice, dans les forces de l’ordre ? Qui a voté les baisses d’impôts des plus riches ? Toujours M. le Maire.

Relevons enfin un mensonge sur l’ISF qui serait là encore une spécificité française ! La France n’est pas le seul pays d’Europe à le pratiquer : l’Espagne, la Norvège et la Suisse le font également.

Bref, les Gilets Jaunes ont rappelé à Pierre Méhaignerie la réalité de leur situation économique et professionnelle, lui qui n’écoute que la réalité des employeurs. Mais plus encore, la situation sociale vécue par les Gilets Jaunes aujourd’hui est la conséquence directe des choix politiques de Pierre Méhaignerie depuis des décennies.