Réunion PLU – Pierre Méhaignerie : « 50% des jeunes veulent rester en intérim » – « Est-ce qu’il faut avoir pour un cadre deux ans d’indemnités chômage ? »

Mardi 16 octobre avait lieu la 3ème réunion publique portant sur le plan local d’urbanisme. Adrien Hubert et Gilles Renault étaient présents dans le public pour la France insoumise – Pays de Vitré. Nous y revenons tardivement mais il nous semble que les compte-rendus de la réunion parus dans la presse n’ont pas reflété la teneur des débats et que les déclarations faites par le maire ce jour-là relèvent, à notre avis, d’idéologies obsolètes sur l’emploi, l’environnement ou l’agriculture.

Nous reprendrons en plusieurs articles quelques échanges de la soirée en retranscrivant le plus fidèlement possible ce qui a été dit, ou au mot près quand les phrases sont entre guillemets.

Premier thème de la réunion sur lequel nous souhaitons revenir, le développement économique et l’emploi. Pierre Méhaignerie et son équipe ont développé ici les arguments vitréens classiques de politique de l’offre mise en place depuis 1974 (réserves foncières facilitant les installations d’entreprises, locations d’atelier-relais, fiscalité réduite), en affirmant vouloir aujourd’hui, orienter davantage le bassin d’emploi vers le tertiaire.

Nous interrogeons alors la municipalité sur la dépendance au groupe Les Mousquetaires. Nous rappelons que ce groupe « pèse » déjà 2800 emplois sur le pays de Vitré, que l’installation du groupe au B3000 va augmenter les effectifs du groupe sur le territoire, certes ici dans le secteur tertiaire, mais également, que Vitré Communauté a proposé un terrain à prix très bas pour obtenir l’implantation de la base ITM d’Erbrée, et nous demandons :

« Est-ce que vous n’avez pas peur de lier le territoire à une industrie agroalimentaire qui est vu comme peu porteuse par les spécialistes du développement du département et de la région ? »

Pierre Méhaignerie commence sa réponse par se satisfaire de l’anticipation de la communauté de communes en terme de réserves foncières, rappelle la politique fiscale de la communauté de communes envers les entreprises, cite l’implantation du centre d’appel Webhelp dans des locaux construits par Vitré Co, implantation ayant permis de rééquilibrer le rapport homme/femme de l’offre d’emploi du territoire. « Ce ne sont pas des emplois parfaits, mais ce sont des emplois de démarrage ».

Puis il assène : « Il faut revenir à un taux de chômage de moins de 4% dans le Pays de Vitré coûte que coûte, […] Lutter contre le chômage qui conduit à la pauvreté et qui fait que les gens ont le sentiment de n’être rien s’ils n’ont pas un emploi».

Petit rappel à M. le Maire, en 2018, la France compte aujourd’hui 40 sans emploi pour une offre d’emploi et le travail aujourd’hui ne protège pas de la pauvreté. 14 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté. Se concentrer sur l’emploi pour lutter contre la pauvreté est une erreur pour de très nombreux experts. Mais passons.

Monsieur le Maire indique ensuite s’être concerté avec les chefs d’entreprises et leur a indiqué qu’ils devaient « s’adapter à la demande de la jeune génération », « donner un sens au travail », « considérer le personnel », « les faire participer aux résultats ». « Si il n’y a pas cela, les salariés vont ailleurs ». Et d’ajouter « le rapport entre les salariés et les chefs d’entreprise s’est fortement rééquilibré ».

Nous permettons d’en douter. Nous nous sommes, en effet, intéressés ces derniers mois :

– au turn-over en centre d’appel,

– à l‘absence d’application de certains accords du groupe Thalès aux salariés du site d’Etrelles, dirigé par le président de la Meef (Maison de l’Emploi, de l’Entreprise et de la Formation) du Pays de Vitré,

– à la fermeture du site d’Etrelles de Delta Dore dans le cadre d’un accord de performance collective,

– et aux salaires du pays de Vitré qui restent inférieurs aux moyennes départementales pour de nombreuses catégories d’emplois.

Autant de signes d’un rapport de force toujours déséquilibré.

Sans réponse à notre question, nous répétons alors nos interrogations sur l’incapacité de la puissance publique à peser sur les décisions d’un grand groupe, une fois que le territoire est si fortement lié à celui-ci en terme d’emplois. Comment leur refuser quoi que ce soit ?

Pierre Méhaignerie : « Non, parce que si le groupe ne fait pas attention aux conditions de travail, à la valorisation des salariés, à donner un sens au travail, ils ne trouveront pas le personnel de demain dans le Pays de Vitré. Donc ils sont obligés eux de faire du travail de captation. »

Toujours cette idée de l’équilibre de l’offre et de la demande. Nous demandons alors innocemment l’éventualité du recours au travail détaché d’une entreprise du territoire : « Même dans le cas d’un recours au travail détaché ? »

Pierre Méhaignerie indique juste ici que la communauté de communes est fortement sollicitée sur ce point sans en dire davantage et embraye sur la législation de l’assurance chômage !

« Il y a un problème aujourd’hui de législation. Aujourd’hui est-ce qu’il faut avoir pour un cadre 2 ans d’indemnités (chômage) ? On sait que la reprise du travail se fait dans le 20ème ou 21ème mois. Est-ce qu’il ne faut pas inciter à la reprise au travail ? »

Chez les jeunes, ensuite, « la valeur travail n’a pas le même sens que pour nous il y a 30 ou 40ans. On estime que 50% des jeunes veulent rester en intérim, de façon à organiser leur vie. 6/7 mois de travail et puis 4/5 mois d’inactivité… »

Ce qui est malheureux, c’est que Bruno Maisonneuve et Christine Cloarec, acteurs politiques de la majorité vitréenne, viennent de publier les résultats d’un sondage sur les aspirations des jeunes au travail. Un article à lire dans le Journal de Vitré. Et devinez quoi ? Le chiffre de 50 % de jeunes aspirant à passer de l’intérim au chômage relève du pur fantasme !

De là Monsieur Méhaignerie souhaite nous raconter sa rencontre avec un jeune homme qui semait la terreur dans un immeuble de Vitré… Jeune homme qui ne travaillait pas parce qu’il avait mal au genou…

Les voisins de l’immeuble ont interpellé Monsieur le Maire : « Nous on en a marre, on aimerait bien voir notre salaire augmenter et ces gens, ils ont le même revenu que nous, ils vivent de l’assistance… ».

Concluons.

Le marché de l’emploi se caractérise par un rapport de force entre la demande de main d’oeuvre des employeurs et l’offre de main d’oeuvre des salariés.

Quand M. Méhaignerie en arrive à penser que le rapport de force se rééquilibre un peu en faveur du salarié, suite à une pénurie de main d’oeuvre très localisée, il ne condamne pas le travail détaché ce qui donnerait plus de poids au salarié, mais veut redéplacer le rapport de force en faveur des employeurs, en souhaitant diminuer l’assurance chômage. Les salariés pris dans un tel étau, les salaires n’augmenteront jamais !

Ce n’est plus de l’économie, c’est du dogme. Au boulot tout le monde ! Pour quoi faire, pour quels revenus, pour quel coût environnemental, pour quelle conséquence climatique, pour quelle distribution de revenus dans l’entreprise, pour quels recettes fiscales développant les services publics ? Tout cela n’a que peu d’importance.