Quel sentiment vous inspire l’évolution de « votre » loi sur l’accès à l’Université, Mme la députée ?

Mme la Députée,

Vous avez activement pris part à la rédaction et au vote de la loi ORE modifiant les conditions d’accès à l’enseignement supérieur pour la rentrée 2018.

Nous synthétisons dans ce billet le déroulé des événements depuis quelques mois sur ce dossier. Les articles, réactions, communiqués, statistiques sont nombreux sur le sujet et nous donnons ici l’ensemble des liens accréditant nos affirmations.

Le gouvernement et vous-même héritez à l’été 2017 de la situation suivante :

  • Un panorama des universités françaises très inégalitaire depuis l’instauration de la loi sur l’autonomie des Universités – les Universités d’accueil des bacheliers de votre circonscription sont très mal loties. (Cliquez sur l’image pour suivre le lien du document)

  • Un recours au tirage au sort des départements des filières en tension (PACES, STAPS, Psychologie, Sciences de l’éducation principalement) concernant 0,9% des étudiants
  • Des équipes enseignantes en grande difficulté face à la charge de travail induite par le manque de personnel et l’afflux d’étudiants (1) (2)
  • Des places non pourvues par le système d’affectation précédent, à hauteur de 130 000 places.
  • Un échec en licence réel mais faible au regard du reste des pays de l’OCDE grâce à des parcours non « tubulaires » déjà en place. La notion de parcours tubulaire renvoie à un déroulé de parcours d’étudiant très normé qui entrerait dans une filière et en ressortirait 3 ou 5 ans plus tard avec un diplôme. La découverte de l’autonomie étudiante, la réflexion sur les choix de vie ne correspondent pas à ces parcours en tube pour de nombreux étudiants. Le fonctionnement de l’Université permet déjà ces remises en question.

Le gouvernement retient les moyens d’actions suivants :

  • Fin du tirage au sort et fin de l’accès systématique à l’Université des néo-bacheliers
  • Mise en place de parcours adaptés pour les néo-bacheliers ayant été admis avec réserve – les « Oui si« 
  • Etude systématique des dossiers des candidats pour l’ensemble des filières de l’enseignement supérieur et mise en place d’une nouvelle plate-forme ParcoursSup sur laquelle les bacheliers émettent 10 voeux non priorisés

Le gouvernement met en place un processus politique pour accélérer la réforme où vous êtes partie prenante :

Vous finalisez un texte de loi retenant ces éléments saillants :

  • Le maintien des « Oui si »: « L’inscription peut, compte tenu, d’une part, des caractéristiques de la formation et, d’autre part, de l’appréciation portée sur les acquis de la formation antérieure du candidat ainsi que sur ses compétences, être subordonnée à l’acceptation, par ce dernier, du bénéfice des dispositifs d’accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite. Il est tenu compte, à cette fin, des aménagements et des adaptations dont bénéficient les candidats en situation de handicap.
  • La définition des capacités d’accueil des établissements au regard des perspectives d’insertion professionnelle : « Les capacités d’accueil des formations du premier cycle de l’enseignement supérieur des établissements relevant des ministres chargés de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur sont arrêtées chaque année par l’autorité académique après dialogue avec chaque établissement. Pour déterminer ces capacités d’accueil, l’autorité académique tient compte des perspectives d’insertion professionnelle des formations, de l’évolution des projets de formation exprimés par les candidats ainsi que du projet de formation et de recherche de l’établissement.
  • Et finalement, la sélection sur dossier des candidats en cas de dépassement de la capacité d’accueil : « Pour l’accès aux formations autres que celles prévues au V, lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation, les inscriptions sont prononcées par le président ou le directeur de l’établissement dans la limite des capacités d’accueil, au regard de la cohérence entre, d’une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation antérieure et ses compétences et, d’autre part, les caractéristiques de la formation.

Le gouvernement débloque les moyens suivants que vous approuvez :

Vous ne pouvez pas nier le caractère dramatique de la situation aujourd’hui et le rejet ou la défiance de l’ensemble des acteurs :

Elargissons la focale de ce problème à d’autres arbitrages politiques des moyens financiers de l’Etat par ce gouvernement :

Vous pensez aider ceux qui sont dans le besoin ? Vous investissez pour préparer l’avenir ?

M. Castaner a l’habitude de débiter un discours de communication, résumable à 3 idées : « nous sommes des pragmatiques, nous sortons des idéologies anciennes, nous ne sommes ni de droite, ni de gauche ».

L’évolution du dossier ORE – Parcoursup et la comparaison aux chiffres de l’ISF  montre les limites de votre pragmatisme et met au grand jour vos croyances en des idéologies obsolètes : austérité et baisse aveugle de la dépense publique, politique de l’offre et théorie du ruissellement, sélection systématisée et vision tubulaire des parcours de formation…

Nous espérons que pour une fois, vous répondrez à notre argumentaire, Mme la députée. Une réponse sur le fond : le discours sur les prises d’otages ou l’instrumentalisation politique de la jeunesse et autres balivernes ne nous intéresse pas. Les parents d’élèves des lycées de votre circonscription attendent tout autant que nous votre point de vue d’acteur central dans ce processus législatif.