La comm’ de Blanquer

Nous avions parlé récemment des effectifs des établissements vitréens et de l’inconséquence du choix, du gouvernement et de M. Blanquer, de supprimer des postes d’enseignants du second degré pour la rentrée prochaine.

Mais après L’Emission Politique de jeudi, il apparaît intéressant de nous intéresser à la communication de Jean-Michel Blanquer.

Un semblant de posture d’écoute

Tout d’abord, la méthode Blanquer consiste à montrer à son interlocuteur qu’il est en accord avec lui ou que leurs désaccords sont mineurs. « Il n’y a pas de raison de ne pas nous entendre » ou encore « je partage votre point de vue » sont des formulations récurrentes dans le discours du ministre. Ainsi, Jean-Michel Blanquer n’a aucun problème à reconnaître un manque de considération salariale des enseignants ET à voter le gel du point d’indice, à remettre en cause le PPCR, – mesures qui définissent les salaires enseignants – … puis à finalement demander la création d’un observatoire sur les salaires des enseignants !!

Le dessinateur Jo illustre de manière magistrale la posture Blanquer… L’original vaut le détour

 

 

Cette posture consistant à affirmer des choses tout en pensant l’inverse a donné des idées à des enseignants

 

Une vision particulière du droit du travail et du pouvoir d’achat des enseignants

Face à Jean-Jacques Bourdin, Jean-Michel Blanquer avait fait passer la possibilité donnée aux chefs d’établissement d’imposer aux enseignants un temps de travail supérieur aux obligations de service comme une mesure de pouvoir d’achat. Selon l’expression consacrée, le ministre semble avoir la capacité à faire passer des vessies pour des lanternes.

Un sens ambigu des priorités

De manière à conforter ses auditoires, Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à qualifier l’ensemble des dossiers traités de priorité.

Il est utile de rappeler ici que le politique n’est qu’un arbitrage de moyens. La priorité de Monsieur Blanquer est de supprimer des postes ./

Une utilisation occasionnelle de fake news

Une fois sorti des débats sur l’Education Nationale, le ministre n’a pas hésité lors de l’émission de jeudi à utiliser quelques contre-vérités pour justifier le programme politique néolibéral du gouvernement.

Merci aux Jeunes Socialistes pour cette illustration.

Mais il arrive également très souvent au ministre de s’inventer un soutien massif des enseignants.

Les frontières entre les fake news, les mensonges ou la manipulation des chiffres sont parfois minces. Ce syndicaliste du Limousin affirme que le ministre « ment éhontement sur les moyens de l’Education Nationale ». Jean-Michel Blanquer s’appuie sur la hausse du budget de l’Education Nationale pour affirmer que l’Ecole est une priorité du gouvernement, une vision de la réalité déjà dénoncée par le Café Pédagogique, nous en avions parlé. Mais dans l’académie du Limousin, les effectifs enseignants seront en baisse de 58 enseignants pour 69 élèves de moins à la rentrée 2019 et sur 2007-2019, l’académie aura perdu 500 postes.

Une obstination dans le néolibéralisme

L’Ecole est aujourd’hui victime du néolibéralisme, moins d’impôts donc moins de services publics mais la croyance au ruissellement… Blablabla. Jean-Michel Blanquer récite ainsi des fables sur les aides au logement dans la droite ligne de la pensée néolibérale. L’argumentation développée ici est la suivante : les APL constituent une dépense importante et les gens sont mal logés, nous allons donc les revoir. Comprendre les réduire. La logique de marché n’est alors pas remise en cause mais exacerbée. Cette rhétorique est celle d’Emmanuel Macron quand il nous parle du pognon de dingue pour l’aide aux plus démunis, des  allocations chômage pour les demandeurs d’emplois etc…

Un fonctionnement interne du ministère qui laisse songeur

Depuis son arrivée, Jean-Michel Blanquer a fait table rase de la loi de refondation de l’école et poussé vers la sortie ses acteurs principauxcontourné le Conseil Supérieur des Programmes, nommé son ancien directeur de cabinet inspecteur général, passé outre les avis du Conseil Supérieur de l’Education sur les programmes, remis en cause l’indépendance du CNESCO, organe d’évaluation du système éducatif…

Quant au fameux dialogue social tant vanté par la Macronie, le ministère en son sein fait son possible pour masquer les suppressions de poste aux représentants syndicaux.

Au regard de cette communication et de ces méthodes, la formule maintes fois rabâchée de « l’Ecole de la confiance » a pris du plomb dans l’aile au cours des derniers mois.