Retour sur la soirée du collectif de Soutien aux victimes des pesticides

La France Insoumise milite depuis plusieurs mois pour la sortie du glyphosate. L’Assemblée Nationale a rejeté un amendement programmant la sortie du glyphosate sous 3 ans, amendement proposé par des députés de la majorité puis refusé par la majorité. Les députés de la France insoumise ont également défendu un arrêté pour la réglementation des pulvérisations des pesticides à proximité des habitations. Arrêté lui aussi refusé. Au plan local, nous nous engageons pour répondre aux déclarations, postures et positions de vote des députés et sénateurs de la circonscription.

Engagés dans cette réalité politique et environnementale, nous nous sommes rendus à la réunion publique du collectif de Soutien aux victimes des pesticides organisée à Saint-Christophe-des-Bois, vendredi 28 septembre, pour prendre conscience de la réalité humaine et sanitaire de l’usage des pesticides.

La salle comptait 150 personnes venues pour s’informer et débattre sur cette question.

La soirée débutait par la projection d’un film portant sur l’expérience d’un agriculteur morbihannais, et se poursuivait par la présentation par 5 agriculteurs du département et un responsable de l’association, des situations respectives de ces agriculteurs.

Ces 6 expériences répondent toutes d’un même schéma :

  • Jeunes travailleurs, ils se sont engagés dans des travaux de pulvérisation de pesticides sur l’exploitation familiale sans équipement particulier.
  • Ils ont continué à utiliser des pesticides sur leur propre exploitation pendant une grande partie ou l’ensemble de leur vie professionnelle.
  • Ils ont fait face à la maladie entre 45 et 60 ans et se sont engagés face au cancer, lymphome ou maladie de Parkinson.
  • Le corps médical, lors du diagnostic de la maladie, a systématiquement fait le lien de manière orale entre leur maladie et leur exercice professionnel.
  • Ils ont eux-même fait systématiquement le lien entre la maladie et leur exposition aux pesticides.
  • Leur combat face à la maladie a été concomitant d’un combat pour la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie par l’assurance santé.
  • Ils ont du faire face à des pratiques différentes des professionnels de santé qui ne s’engagent pas tous par écrit pour déclarer le lien probable entre la maladie et leur exercice professionnel. L’obtention de cette première déclaration peut ainsi prendre un temps assez long et nécessiter plusieurs consultations.
  • Ils se sont engagés pour constituer un dossier auprès de leur caisse d’assurance maladie, la Mutualité Sociale Agricole et suivre un protocole de reconnaissance de leur maladie professionnelle. La MSA ne reconnaît de manière systématique comme maladie professionnelle liée à l’usage des pesticides que 3 pathologies : les intoxications liées au bromure, le lymphome, la maladie de Parkinson.
  • Si la maladie n’est pas reconnue de manière systématique, ils s’engagent dans une procédure bien plus longue pour la reconnaissance de leur cas individuel et pour faire évoluer les tableaux de reconnaissance de maladie professionnelle.
  • Une fois la maladie reconnue, ils ont participé à une expertise fixant leur taux d’incapacité permanente partielle ouvrant droit à pension. La pension n’est versée que pour une IPP supérieure à 30%. Les premiers résultats sont parfois très en-dessous des attentes et les experts donnent des résultats variés, de 25 à 70% d’IPP pour un des 5 agriculteurs.
  • Certains d’entre eux, n’ayant pas obtenu gain de cause dans le dialogue avec la MSA, se sont engagés dans une procédure au tribunal des affaires de sécurité sociale.

Leurs témoignages, tous aussi poignants, racontent leurs difficultés sanitaires, familiales et professionnelles. L’un d’entre eux a utilisé ces mots que nous reproduisons ici avec la plus grande fidélité possible:

« J’étais un adversaire de la bio jusqu’à l’arrivée de la maladie, et pourtant je veux le dire aujourd’hui, les pesticides ont écrabouillé ma vie. Tous ces gens ne se rendent pas compte du mal qu’ils font. Ces gens qui votent pour une prolongation de 3 ans ne savent pas combien de morts ils feront en plus. Il faut arrêter les pesticides. »

Les questions de la salle ont été ensuite nombreuses. Nous retiendrons ici le témoignage d’une habitante du département. Elle raconte s’être installée en campagne pour cultiver un potager de 1000 mètres carrés depuis 5 ans. Son jardin se situe près d’une parcelle d’un agriculteur conventionnel. Elle affirme qu’il y cultive du maïs chaque année. Après chaque pulvérisation, elle voit les rayons de son potager détruits ou partiellement détruits. Elle a tenté d’entamer le dialogue avec l’agriculteur. Celui-ci lui aurait répondu: « Je m’en fiche tant que mon maïs est beau. » Elle a déposé une main courante. Elle attend que des contrôles soient faits pour constater l’irrégularité de la rotation des cultures. Cette habitante décrit une situation très tendue où les parties sont dans l’incapacité de trouver un terrain d’entente.

Nous remercions l’association de nous avoir donné à voir ces réalités humaines et sanitaires et souhaitons lui apporter toutes nos félicitations pour son combat citoyen de sensibilisation des populations et de défense des victimes.