Au sujet des Gilets Jaunes, Pierre Méhaignerie passe à côté de l’essentiel et ne mentionne pas sa responsabilité politique

L’interview de Pierre Méhaignerie au sujet des Gilets Jaunes est marquée de belles intentions, mais elle est déconcertante au regard de l’action politique de cet élu et de l’enjeu fondamental posé aux forces politiques par ce mouvement.

Nous rappelons tout d’abord que M. Méhaignerie, suite aux déboires de François Fillon, avait appelé à voter Emmanuel Macron. Son désarroi aujourd’hui témoigne-t-il d’une tentative de faire oublier son choix électoral de l’an dernier ou d’une naïveté politique ?

Pierre Méhaignerie centre la colère des Gilets Jaunes sur les salaires du tertiaire de l’agglomération rennaise à 1300 euros. Croit-il que les ouvriers et salariés du Pays de Vitré à 1100 euros déconsidèrent le mouvement ? Pense-t-il qu’ils occupent un « emploi qui rend la vie agréable » ? Veut-il nier la mobilisation sur le territoire de Vitré Communauté du week-end dernier ?

Le maire de Vitré parle de maillage territorial du tertiaire à mettre en place. Nous avons cru tomber de notre chaise ! A chaque interview, il se plaint de la centralisation, des décisions venus d’en-haut, de l’impossibilité de mettre en place des initiatives locales. Il met en avant la connaissance du terrain des élus contre une élite déconnectée. Mais il appelle sur ce sujet une organisation du territoire ? Pierre Méhaignerie souhaite pouvoir continuer son dumping visant l’implantation des entreprises sur Vitré, mais appelle un maillage territorial pour attirer des emplois tertiaires ? Quel élu d’une autre agglomération tomberait dans un piège pareil ?

Autre symbole de l’opportunisme de l’élu sur cette question de la centralisation / liberté des territoires, le Pinel. Prenant la défense des ouvriers et salariés aspirant à la propriété, Méhaignerie salue la baisse du Pinel au niveau national, mais il s’est battu corps et âme au niveau local pour que Vitré soit un territoire éligible à ce dispositif de défiscalisation !

M. Méhaignerie marque une nouvelle fois, sa considération dans le discours pour les métiers manuels et revendique une formation de qualité pour ces métiers. Nous rappelons tout de même ici les décisions politiques du député Méhaignerie lors des mandatures précédentes. Pierre Méhaignerie a voté toutes les réductions de postes d’enseignants de l’Education Nationale sous Villepin et Sarkozy. Ces réductions de postes touchent l’ensemble des élèves au primaire et au secondaire, puis aujourd’hui le lycée général comme le lycée professionnel. Il est ensuite inopportun de caricaturer ce qu’il appelle encore le « mammouth ». Les enseignants du lycée La Champagne sont mobilisés contre la réforme du lycée professionnel depuis 2 mois. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas eu le soutien du maire !

Mais finalement Pierre Méhaignerie passe complètement à côté de l’essentiel et cela ne nous étonne pas. La question essentielle est la suivante : comment aujourd’hui concilier justice sociale et lutte contre le réchauffement climatique ? Comment faire en sorte de lier la question sociale et la question écologique ? Comment ne pas pénaliser par une taxe sur les carburants les plus fragiles alors que les émissions de gaz à effet de serre sont étroitement liées aux revenus ? Les foyers aux revenus les plus hauts émettent davantage de gaz à effet de serre par leurs déplacements, leur consommation, leurs choix touristiques… Il ne s’agit pas là d’un jugement démagogique mais d’une réalité statistiquement très documentée (1) (2). Pourtant les ménages les plus aisés sont touchés de manière sensiblement moins forte en proportion de leurs revenus par une hausse des carburants, est-ce satisfaisant ?

Notre positionnement ici est clair. Urgence sociale et urgence écologique sont indissociables.

La position de Pierre Méhaignerie, elle, peut se résumer ainsi : évacuer la question écologique complètement (qu’il n’aborde d’ailleurs pas dans l’article) – la situation environnementale du Pays de Vitré en est le témoin – et miser toujours sur la baisse de la fiscalité et le ruissellement : créer de la richesse, des emplois et les revenus générés finiront par toucher l’ensemble de la population.

Cette politique est obsolète. Nous devons le répéter. Elle aggrave les inégalités de revenus et le sentiment d’injustice, elle aggrave la situation climatique, elle prive la puissance publique de rentrées fiscales pour lutter contre les inégalités et le réchauffement climatique. Sans fiscalité sur les hauts revenus, sans fiscalité sur les transports comme dans le Pays de Vitré – la communauté de communes ne demande pas de versements transports aux entreprises du territoire -, comment concilier urgence écologique et urgence sociale ? Comment développer les transports en commun du XXIè siècle ? Comment changer les pratiques des Français en répondant aux exigences de justice sociale ?